jeudi 8 mai 2014

"Le Voyageur" music by Schizo featuring Richard Pinhas - guitar...






"Le Voyageur"

music by Schizo featuring

Richard Pinhas - guitar

and Gilles Deleuze - voice

Nietzsche writing recited by Deleuze:



He who has attained the freedom of reason to any extent cannot, for a long time, regard himself otherwise than as a wanderer on the face of the earth - and not even as a traveller towards a final goal, for there is no such thing. But he certainly wants to observe and keep his eyes open to whatever actually happens in the world; therefore he cannot attach his heart too firmly to anything individual; he must have in himself something wandering that takes pleasure in change and transitoriness.”


— from The Wanderer, in the first volume of Nietzsche’s Human, All Too Human.





Le Voyageur


Qui est parvenu ne serait ce que dans une certaine mesure à la liberté de la raison, ne peut rien se sentir d’autre sur terre que Voyageur. Pour un voyage toutefois qui ne tend pas vers un but dernier car il n’y en a pas. Mais enfin, il regardera les yeux ouverts à tout ce qui se passe en vérité dans le monde. Aussi ne devra-t-il pas attacher trop fortement son coeur à rien de particulier. Il faut qu’il y ait aussi en lui une part vagabonde dont le plaisir soit dans le changement et le passage.


Sans doute, cet homme connaîtra les nuits mauvaises où prit de lassitude, il trouvera fermée la porte de la ville qui devait lui offrir le repos. Peut être qu’en outre, comme en Orient, le désert s’étendra jusqu’à cette porte, que des bêtes de proie y feront entendre leur hurlement, tantôt lointain, tantôt rapproché, qu’un vent violent se lèvera, que des brigands lui déroberont ses bêtes de somme. Alors, sans doute, la nuit terrifiante sera pour lui un autre désert, tombant sur le désert, et il se sentira le coeur las de tous les voyages.






Dès que le soleil matinal se lève, ardent comme une divinité polaire, que la ville s’ouvre, il verra peut-être sur les visages de ses habitants plus de désert encore, plus de saleté et de fourberie et d’insécurité que devant les portes. Et le jour, à quelque chose près, sera pire que la nuit. Il se peut bien que tel soit à quelque moment le sort du Voyageur.






Mais pour le dédommager viennent ensuite les matins délicieux d’autres contrées, nés des mystères du premier matin. Il songe à ce qui peut donner au jour entre le 10ème et le 12ème coup de l’horloge, un visage si pur, si pénétré de lumière, de sereine clarté qui le transfigure.


Il cherche la philosophie d’avant midi.





F. Nietzsche


(extrait de humain, trop humain, T 1)




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